jeudi 12 novembre 2009

Plateau-repas : Air France

Voici donc mon deuxième repas du voyage, ce magnifique plateau Air France. Je ne sais pas pourquoi nous étions à bord d'Air France, alors que nous devions voler sur Middle Est Airlines. Au point où j'en étais dans les multiples décalages et le manque de sommeil, j'ai suivi la meute. Ce plateau, servi dans un éclairage naturel des plus lumineux alors qu'on traversait la Méditerranée en diagonale, était précédé d’un menu. Le menu prenait la forme d’une fausse carte postale Air France Afrique équatoriale. En trois langues, on détaillait :

Brunch

Jus d’orange
Cafés, thés, chocolat
Compote aux deux fruits
Fromage frais

Petit pain brioché à l’écorce d’orange, beurre et confiture

Éventail de dinde, fromages

Choix de plats chauds
Crêpe aux champignons et à la béchamel
-ou-
Pudding à l’ananas et à la framboise, compote de pomme et d’ananas


Veuillez nous excuser si votre choix n’est plus disponible. Des boissons sont disponibles dans les espaces libre-service en dehors des repas
Menu garanti sans porc


Évidemment, mon choix n’était plus disponible, j’étais assise au fin fond de l’avion, près des latrines. J’ai dû manger le pudding, trop sucré. Mais quand même, la compote de coing, le fromage frais….
J’étais assise pendant toute la durée du vol Paris-Beyrouth aux côtés d’une jeune athlète (je pense que je vais arrêter de dire « jeune athlète » tout de suite, ce sont toujours de « jeunes » athlètes) de l’équipe Canada-Nouveau-Brunswick. Nous n’avons pas échangé un seul mot de la traversée. À un certain moment, elle faisait ses devoirs de chimie ou de biologie. C’est alors que j’ai regardé autour, pour me rendre compte que toutes les petites sauteuses, lanceuses, coureuses faisaient leur devoir. Moi j’essayais de lire l’Énigme du retour, mais j’avais le cerveau trop englué (C’est d’ailleurs là, dans ce livre, que j’ai retrouvé mon menu, il me servait de signet, ça et une fleur de frangipanier séchée entre deux pages, brune maintenant, comme un bout de cuir). Bref, la coureuse était studieuse, et ce repas ne fut pas l’occasion d’échanger. Six heures sans une parole. Quand l’avion s’est approché de la côte libanaise, une bande de terre ocre qui entre dans la mer, des immeubles en béton blanc qui semblent flotter sur l’eau, un soleil brûlant qui chauffe tout, quand l’avion s’est approché, nous avions toutes les deux les yeux rivés sur la ville, la côte, le pays. Elle s’est tournée vers moi, et toujours en silence, m’a regardée. Nous étions toutes les deux soufflées, alors nous avons préféré continuer à nous taire.
Quand nous sommes sorties, j’ai vu sur son sac qu’elle s’appelait Nadine Frost. Celle avec qui j’ai mangé ce repas.


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