On pense qu’en quittant l’avion on quitte les plateaux-repas, mais il n’en est rien. Tous les jours, trois fois par jour, la cafétéria de l’Université libanaise Hadath nous offre de la nourriture plus qu’ordinaire. Le chef, Joe Barza, nous promettait des délices, alors qu’on nous sert des frites, des bâtonnets de poisson, des calmars frits et des légumes bouillis. Il y a la salade qui est pas mal. De la laitue iceberg avec du maïs ou des betteraves. Après trois jours, je m’ennuie ferme de mon chef au resto et de la salade d’endive au bleu et aux noix de Grenoble. Dans un élan mondialiste, je pense : les Africains doivent aimer ça, au moins ils mangent à volonté (notez ici mon esprit limité de petite Blanche bien nourrie). Alors que je parle avec Chamsou, l’écrivain du Niger, qui mange son plateau à la cafétéria, je lui demande :
- Chamsou, ça te plait, cette nourriture?
Il jette un regard sur la montagne de riz et l’informe poulet en sauce.
-Mais non, c’est pas de la nourriture pour nous, les Africains, c’est de la nourriture pour vous, ça. Nous on mange pas comme ça.
Ben voilà, ces plateaux qu’on nous a servis, c’était pas de la nourriture pour personne.
En même temps, quand on mangeait dans la petite cour intérieure de la cafétéria, au milieu des palmiers sur les fines chaises en métal, il y avait du silence et du soleil, et puis ce n’était pas si mal. Ou alors au déjeuner, le pain de la veille de la Wooden bakery, pain au thym, digeste seulement si couvert de labneh ou de confiture. Quand on mangeait ça sous les chapiteaux devant la cafétéria avec les copains pas encore réveillés de la veille, c'était pas mal non plus.
Mais moi, j'embellis tout avec le temps.
Mais c'est qu'à la fin nous voulions tous survivre à la vue des plateaux pour réussir à nous nourrir...
RépondreSupprimerLaver et relaver pendant tout ce temps, après des milliers de repas servis; vers la fin entrer dans cette cafétéria demandait toujours plus de courage... [mais pour une question de survie nous nous devions de ''manger'']