mercredi 30 septembre 2009

Beyrouth est une prière




Bon, je sais, je ne suis pas très fidèle au poste! Trop d'activités, trop peu de sommeil, trop de difficultés de connection. Mais voilà, je suis là!
Lundi, ma lecture s'est très bien déroulée. J'avais l'avantage d'avoir un public tout frais, j'étais la première de la journée. Amadou Lamine Sall, le poète Sénégalais, m'a quand même un peu coincée dans une question piège, affirmant que mon texte était "intimiste, enfermé, sans action". Très alerte dans l'adversité, j'ai répondu que ce n'était du tout une nouvelle d'action, mais bien un texte d'atmosphère et je lui ai servi mon propos sur mon travail explorant le détail, la frontière entre la réalité et la fiction, blablabla. Je m'en suis sortie. La candidate beninoise, après moi, s'est fait descendre par le même juge, ça faisait peine à voir. Dès la deuxième journée, Alexandre Najjar a parlé aux membres du jury, semble-t-il, parce que tout à coup ils sont devenus tout sucre. Ça ne m'a pas empêché de parler poésie avec le Sénégalais dans la cour intérieure de l'Université St-Joseph : il adore le Québec, le Festival de poésie de Trois-Rivière. Il ne connaissait pas Louise Warren et Roger Des Roches. Je lui ai passé deux recueils de poésie le lendemain : Dixhuitjuilletdeuxmillequatre et Archives de Lac. Ça serait bien, quand même, qu'il les invite, il a fondé une maison de la poésie au Sénégal.
Alexandre Najjar semble très jeune. mais il est posé, et une présence bien rassurante sur la scène, quand on lit à ses côtés. Il est toujours en costard bleu, avec ses petites lunettes, il l'air d'un étudiant sage. Aujourd'hui, en marchant sur la Route de Damas (oui oui, c'est le nom de la rue), et traversant Sodeco, qui était un carrefour très chaud pendant la guerre (les francs-tireurs tiraient sur tous ceux qui passaient), j'étais contente d'avoir lu son livre L'école de la Guerre, j'avais en tête ses récits des chauffeurs de taxi qui risquaient leur vie chaque soir pour conduire les gens d'un côté ou de l'autre. J'avais lu ça ce printemps, couchée dans mon lit à Montréal. Aujourd'hui, j'avais passé l'avant-midi assise dans un amphithéâtre avec l'auteur, je marchais dans les rues de la ville.
Je dis Beyrouth est une prière, car au-delà des murs criblés de balles, des hibiscus géants et de la conduite délirante des chauffards, c'est la prière qui me plonge le plus dans l'étrangeté de la ville. Les chants du muezzin, projetés du haut des minarets pour la prière sont tellement beaux. Ils dictent le temps de façon mélodieuse. Quelques-uns des candidats de mon groupe en littérature partent avec leur tapis faire leurs prières, leur boussole au cou. Je ferme les yeux, je savoure ma chance d'être ici.
La bouffe est immonde à la cafétéria du Village. Des variations sur le riz, les pâtes trop cuites, des viandes en petites boulettes applaties et sans goût. Maintenant, on a trouvé mieux. Pour 5 000 livres (3,50 US), je mange de la salade fattouch faite par une dame au casse-croute en bas des résidences. Je vais rapporter du sumac et du sirop de grenadine amer pour vous en faire. Ma peau a changé d'odeur, elle sent le thym et le soleil. Il fait très chaud ici pendant la journée (30-35), mais le soir (ce soir, en vous écrivant dehors pour attraper le signal), je dois avoir ma veste et des pantalons.
Je ne sors presque pas du Village, si ce n'est pour aller à L'Université St-Joseph (l'autre université), on est en autobus, déposés, repris, sans rien voir. Aujourd'hui, quand même, nous avons visité la Bibliothèque Orientale, où nous avons pu regarder et manipuler des livres en français et en arable datant du 18e siècle, mangés par des vers qui ont dessiné sur leur passage des lignes de vide en forme de papillons.
Ensuite, un très bel atelier d'artiste, Tanbak, qui travaille avec des matières recyclées. Je vous ai mis une photo.
Demain, lecture et atelier. Je vais me sauver plus tôt pour me rendre au palais de l'Unesco, voir la gang de Virginie Brunelle faire son spectacle de danse : ballerine sur pointe en culotte blanche et danseur portant des épaulettes de hockey, vraiment, ça promet.
Ah, je vous ai pas dit, mais ça sent le corps ici : quand une équipe de soccer du Cameroun passe, oh la la, y a de la testosterone dans l'air!

1 commentaire:

  1. Salut super Stef,
    Mario m'a fait parvenir ton adresse hier et j'ai tout lu, le temps de le dire! J'ai bien aimé le bulletin météo. Le thym, c'est bien beau mais on en a ici. Y a-t-il des dattes et des figues ces temps-ci. Je t'envie et je t'embrasse tendrement.
    Anne

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